Introduction au minimalisme

Je suis une femme sans couleur, sans saveur. Plate de même. À l’image de Diane dans Autopsie d’une femme plate (roman écrit par une auteure limouloise qu’il FAUT lire!). Je porte toujours la même chose : des jeans, des chandails neutres, les mêmes boucles d’oreilles en bois achetées au Yukon en 2008, les mêmes trois paires de chaussures, que je sors ou je range au gré des saisons. J’ai la même coiffure inc. (ma marque de commerce) préparée avec un peigne, une brosse et une pince, les trois mêmes accessoires depuis au moins 10 ans. J’ai le même sac à dos qui tombe en ruines (le Père Noël devrait régler ce dossier cette année). J’ai un maquillage signature : eye-liner, mascara, crayon correcteur. Trois outils, pas plus, pas moins, utilisés au quotidien dans un ordre parfait, sans fioriture. Ils trônent timidement aux côtés de la pâte-à-dent et de la soie dentaire dans un tiroir presque vide. Mis à part une paire de chaussures d’intérieur (un petit luxe next level, idée de Dominique Loreau, lue et relue), un pocheton Michael Kors pour le jour où je délaisserai le sac à dos mommy style, et tous mes manteaux qui datent de mon époque révolue “je dépense tout ce que j’ai”, je suis plate. Vous devriez voir mon racoin de garde-robe. On se croirait au temps de la guerre. Je serais prête à décamper rapidement et mon baluchon ne serait pas lourd à traîner.

Réalités d’une femme plate

  • Mon sport, c’est la marche. Une tite marche digestive de 20h. 
  • Je coupe les cheveux de toute la famille, y compris les miens.
  • Mon forfait cellulaire me coûte 11,50$/mois, taxes incluses.
  • La plupart des T-shirts de mon mari viennent de boîtes de céréales. Eh oui. Un t-shirt gratuit lui fait l’effet d’un billet gagnant à la Loto. Alors je zieute l’allée des céréales avec soin à l’épicerie.
  • Je ne vais presque jamais au restaurant, et je n’ai pas le goût d’y aller pour faire rouler l’économie. Mais je cuisine en ti-péché. Si vous me cherchez, je suis dans ma cuisine.
  • Je lis assidûment les livres de Pierre-Yves McSween. Bien sûr.
  • Pour nos commissions rapides, on prend le vélo trois saisons par année. En hiver, on évite les commissions.
  • Si mon mari n’est pas en télétravail, il se déplace à vélo (fatbike en hiver) ou en transport en commun quoique la voiture soit souvent libre. 
  • Je récupère les objets des autres si je sais que je les utiliserai (tablette de mon frère, machine à pain de mon autre frère, cellulaire désuet de ma belle-mère).
  • Je visite les friperies régulièrement et trouve à peu près tout dans le seconde main.
  • On a toujours des vieilles voitures payées cash. Des Toyota qui flashent pas, mais qui ne pètent pas. Une fois notre nouvelle-vieille voiture achetée, on accumule les billets pour la prochaine.
  • On profite des petits plaisirs gratuits dans la ville : jouer au baseball sur des terrains libres, nager à la piscine municipale, jouer dans les parcs, rouler sur les pistes cyclables, louer des livres à la bibliothèque.
  • Je gère plusieurs cartes de crédit pour accumuler des voyages gratuits.

La maison d’une femme plate

  • On a pas l’air climatisé.
  • Notre piscine n’est pas chauffée.
  • Je n’ai pas de grand hall d’entrée chez moi, et rien à y ranger non plus. Mais on a des portes pour entrer et sortir.
  • Je n’ai pas de commode dans ma chambre et je n’aurais rien à mettre dedans. Mais j’ai mis le paquet dans un lit hyper confortable.
  • Je n’ai pas de salle-à-manger. Mais mes beaux-parents nous ont refilé leur table en bois brut édition 1982. Elle est assez vaste pour héberger une bougie quotidienne et une famille de cinq personnes.
  • Je n’ai pas de grande bibliothèque murale pinteresque. Ma bibliothèque est dans un bâtiment détaché à 2,5 km de marche ou de vélo.
  • J’ai deux salles de bain. Way too much. Seul signe manifeste d’une possible vie fastueuse et opulente. 
  • Je n’ai pas de salle de jeux, surtout pas de coffre de jouets, mais chaque enfant a ses propres possessions dans sa propre chambre.

J’ai une petite maison en fait. Parce qu’elle est petite, elle n’est pas longue à nettoyer. Parce qu’elle est petite, on a pas besoin de la meubler inutilement. Parce qu’elle est petite, il y a un roulement de choses qui entrent et qui sortent. La stagnation inutile n’existe pas. À part ma robe de mariage. Parce qu’elle est petite, il y a moins de choses qui risquent de péter. Parce qu’elle est petite, elle ne coûte pas cher. Je vois la fin de l’hypothèque. Et quand ça arrivera, mon mari s’offre des heures de liberté en cadeau. Virage temps partiel au boulot.

Parce qu’elle ne coûte pas cher, un deuxième salaire est optionnel. Je ne travaille pas. En ne travaillant pas, je reste à la maison pour les enfants et je ne paye pas de garderies, ni de services de garde. Plus d’argent dans nos poches et moins de grèves à gérer. En restant à la maison, j’ai plus de temps pour chiner, pour cuisiner, pour chiller. Pour être avec mes enfants. Pour les voir grandir. Pour les consoler quand ils pleurent. Pour rire avec eux un peu tout le temps. Pour parler avec eux. Etre celle à qui ils disent Bye-Bye le matin avant de sortir, et celle qui les accueille le soir quand ils reviennent. Et ça, ça n’a pas de prix.

En ayant des revenus supérieurs aux dépenses (ou des dépenses inférieures aux revenus), j’ai la paix d’esprit. Je dors sur mes deux oreilles. Je suis libre. On est libres. De nos choix, de nos vies, de notre temps, on est libres dans nos pensées. J’ai l’impression d’être dans une grosse roue qui tourne dans le bon sens. Peu de dépenses = plus d’argent dans mes poches = liberté = plus de temps pour ce qui compte vraiment = plus de bonheur = moins de besoins matériels = peu de dépenses = plus d’argent dans mes poches… Ça recommence.

Je vise toujours moins : moins de choses, moins d’engagement, moins de dépenses, moins d’obligations, moins de réseaux sociaux, moins de stress. Du coup, je me retrouve avec plus : plus de temps, plus de liberté, plus d’argent, plus d’espace, plus de temps avec les gens qui comptent vraiment.

Voilà : je vise moins pour avoir plus.

Je nage à contre-courant. Je suis une créature étrange. Un petit parasite dans un monde de consommation qui court contre la montre. Je vais à l’opposé de ce qu’on me propose dans la vie, dans les publicités. À être autant anti-conformiste, c’est à se demander finalement si je suis vraiment sans couleur, sans saveur. (On sait bien que Diane est la femme la moins plate du monde.)

Ici, dans la rubrique Réduire, j’avais le goût de partager des bribes de mon cheminement vers le minimalisme. Des petites victoires. Peut-être des erreurs. Des changements que j’ai apportés dans les dernières années pour vivre plus librement. C’est parti.

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