Instaurer le tiroir de probation

Tiroir de probation : tiroir ou boîte ou sac entreposé dans un endroit isolé de la maison et qui recueille les objets dont le sort est incertain. L’objet y reste pour une période maximale de 6 mois, et entre-temps, son destin doit être déterminé. Sera-t-il relocalisé dans la maison ou sera-t-il mis dehors?

Ce serait probablement la première étape que je suggérerais avant le grand ménage : libérer un tiroir pour y déposer les objets qui se retrouvent dans une zone grise. Tout n’est pas noir ou blanc dans la vie ; même chose pour le ménage. Parfois, je suis certaine de vouloir me départir de certains objets. Pour d’autres, ils resteront chez moi encore très longtemps pour ne pas dire toujours. Beaucoup aussi sont dans le néant, dans l’incertitude, en terrain nébuleux.

Pour ma part, mon tiroir de probation est en fait un vieux tiroir sur roulettes qui venait avec les bassinettes neuves de mes fils quand ils sont nés. J’en garde maintenant un sous mon lit. Pour une amie, c’est un gros sac brun qui traîne dans le haut d’une garde-robe. Pour nous deux, la raison d’être de ces « entrepôts » est très simple. Si on pouvait parler aux objets qui s’y trouvent, on leur dirait : « Je suis désolée, je ne sais pas si je vais te garder. Si je m’ennuie de toi dans les prochains mois, ta place est encore ici. Si je t’oublie et que je suis indifférente à ton absence, ta place est ailleurs. »

Plusieurs raisons peuvent expliquer la présence des objets dans le tiroir de probation :

  • Cadeaux reçus non désirés. On sent une pression à vouloir les garder « d’un coup que la personne qui nous l’a offert nous demande où il est! ». Ça m’arrive assez souvent soit dit en passant… L’objet concerné est alors « dans l’auto », ou « au lavage », ou a « malencontreusement brisé ». Je n’ai plus de pitié lors de ces situations gênantes. Je ne garde plus d’objets pour faire plaisir aux autres. Je note que ça concerne souvent les enfants, très rarement les adultes. Comme si les enfants sont des êtres qu’on a le droit de bombarder de bébelles sans retenue. Comme si avec eux, le minimalisme n’était pas une option. Alors, dès que je reçois un OND (objet non désiré), je le place dans le tiroir de probation. Si un de mes enfants le demande, je vais le chercher. Sinon, il partira dans les prochains mois. Très rares sont les fois où ils me demandent un OND.
  • Objet qui avait une mission temporaire dans la maison. Parc exemple, des jeux pour mes enfants qui ne sont plus adaptés à leur âge ou qui ont vieilli. Ils les ont beaucoup aimé et donc, j’ai de la difficulté à m’en départir. L’objet tombe maintenant dans le sentimental plutôt que l’usuel. Prendre cet objet et le mener à la friperie sur le champ est trop drastique. J’ai besoin qu’il passe par une période « d’entre deux mondes » pour que le deuil se fasse correctement. Beaucoup d’objets, et c’est souvent le cas avec des enfants, arrivent à la maison avec une mission temporaire. On les utilise le temps qu’il faut, puis vient le moment de s’en départir et nous n’en sommes pas capables. Vivre un petit deuil est tout à fait normal.
  • Objet qui ne sert plus, mais qui pourrait servir à nouveau. Possiblement. Dans 10 ans, peut-être. Dur de savoir si on réutilisera à coup sûr un objet qui dort depuis longtemps. Si on gardait tous les « au cas où », la maison serait submergée. J’ai une amie à moi qui garde tous les « au cas où ». Coupe-avocat 3 en 1, carrés de tissus minuscules qui dorment depuis des décennies, une 3e balayeuse. C’est intense, c’est rempli à ras bord, mais ils sont bien comme ça.
  • Des objets qui ont appartenu aux êtres chers maintenant disparus. Dilemme. Si on se départit d’un objet qui appartenait à un parent, est-ce qu’il meure un peu plus dans notre conscience? Ici, il faut se détacher de la fausse croyance que l’objet EST le souvenir. Les souvenirs sont d’abord dans notre coeur. C’est correct de garder quelques objets précieux. Ce n’est pas sain de tout garder par contre.
  • Des vêtements qu’on ne porte plus, mais qui sont si beaux! Et si je les portais à nouveau? Le tiroir à probation est génial ici parce que si vraiment le vêtement est oublié pendant 6 mois, on peut s’en départir. Il ne faut pas oublier la règle du 80/20 : 80% des vêtements que nous portons constituent 20% de notre garde-robe. Essayons de renverser la tendance!
  • Des livres. Trop de livres. Des montagnes de livres qui prennent la poussière. Dilemme! Les livres nous font grandir. Quand on lit un livre, on a l’impression qu’il nous transforme. On porte intérieurement un peu de cette lecture et elle fait partie de nous. C’est difficile de s’en détacher pour cette raison. Si on se débarrasse du livre, est-ce qu’un bout de nous part aussi? Mais encore une fois, à moins de le relire plusieurs fois ou que le voir chaque jour nous remplisse de joie, il est préférable de le laisser partir. Une fois lu, un livre a rempli sa mission. C’est bien qu’ils se retrouvent entre d’autres mains pour poursuivre sa vocation. S’il est dans une zone grise, la période de transition est idéale pour faire le point.

Difficile de déterminer le sort des objets qui occupent l’espace de mon tiroir à probation. Par expérience, j’ai souvent des livres, des jeux qui ne sont plus adaptés pour l’âge de mes enfants et des vêtements qui m’appartiennent. Cette étape d’attente vient me conforter dans l’intuition que j’avais de les laisser aller. Elle vient adoucir le départ des objets. D’autre part, si je les garde, c’est que je me rends compte qu’ils représentent beaucoup à mes yeux et que je suis prête à leur faire une place de choix chez moi. C’est plutôt rare que les objets reviennent, mais ça arrive! Dans un cas comme dans l’autre, je suis en paix avec ma décision.

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