Nous nous sommes levés hier matin, le 24 décembre, et le Père Noël était déjà passé. Le gros barbu avait mangé une bouchée de biscuit au pain d’épices, volé un dessin d’avion hyper sophistiqué de ma fille (pour améliorer éventuellement l’aérodynamisme de son traîneau) et avait, bien évidemment, laissé plein de cadeaux aux emballages étonnamment redondants. Clairement, il y avait une pénurie de papier au Pôle Nord. Notre Noël à cinq est le 26 au matin alors le pied de l’arbre est couvert de paquets pour deux jours. 48 longues heures d’attente et d’anticipation qui rendent le moment encore plus beau. Une petite pensée me traverse l’esprit : je nous félicite intérieurement d’avoir épuré la maison dans les dernières semaines en vue de tous ces nouveaux objets.
Comme adulte, contrôler (ou pas) le flot de nos possessions est une tâche qui nous revient et nous sommes entièrement responsable de vivre avec les conséquences de nos choix. J’ai le goût de ploguer le concept d’imputabilité, mot surutilisé dans les discours de Pierre-Karl Péladeau au temps de sa carrière politique. C’est ce que j’ai retenu de son passage. Dans mon chemin vers le minimalisme, j’ai commencé avec mes choses à moi, bien entendu. L’allègement de mes possessions s’est fait sur des années, alors ç’a eu l’effet considérable de sensibiliser mes enfants à la joie du désencombrement et à la lourdeur associée aux choses stagnantes et inutiles.
Par contre, ils sont arrivés au monde dans une culture d’abondance, de la valorisation du « trop », et du « plus, c’est mieux ». J’avais les deux pieds dedans. C’est difficile de faire marche arrière et de changer de vision quand on est profondément ancrés dans ce tourbillon matérialiste. Enclencher le changement demande un pas de géant. Désencombrer demande de fournir un effort énorme. Du temps. De la motivation. De se questionner continuellement. « Est-ce que cet objet m’amène vraiment quelque chose dans ma vie? » De se challenger. De faire des erreurs. Laisser aller les choses donne la fausse impression de se séparer d’une partie de notre identité. On a le sentiment de perdre un peu de ce qu’on est et ça donne le vertige. Il est facile de faire entrer des choses, plus difficile de les faire sortir. Idéalement, vaut mieux gérer le flot continuel d’objets au fur et à mesure, mais pour en arriver là, pour plusieurs personnes, dont moi, il faut d’abord changer sa façon de voir les choses et de plonger dans le grand ménage avec la confiance d’un retour sur investissement éventuel.
Pas ragoûtant tout ça pour un enfant qui veut juste jouer. Je n’ai pas voulu que leur incombe cette tâche non plus. Ce sont des enfants et ils n’ont pas à faire ça. Pour leurs objets personnels, ce sont les années qui ont fait le travail en douceur. Avec le temps, on choisissait mieux leurs jouets, on était plus alertes à ceux qui étaient désuets, sans pitié pour ceux qui étaient brisés. Tranquillement, l’épuration s’est fait dans le respect, et chaque petit pas nous a menés à ne conserver que ce qui leur est cher. Par ailleurs, à voir leurs parents évoluer dans la voie du minimalisme sur une aussi grande période, ils en sont arrivés à se débarrasser, de façon tout à fait autonome, de ce qui ne leur apportait plus de joie. C’est une victoire. Une façon de faire qui restera dans leur vie.
Aujourd’hui, c’est Noël, jour d’abondance, et ça me rappelle des Noël pas si lointains qui étaient source de chaos. Je repense à plusieurs erreurs que j’ai fait en matière de jouets d’enfants qui m’ont pesés lourds sur les épaules et je les énumère ici.
- La salle de jeux. Erreur. Avant l’arrivée de notre fille, nous utilisions sa chambre à titre de salle de jeux. Les garçons n’y allaient jamais. Mes enfants restent habituellement là où il y a de l’action, là où il y a de la vie. Là où les parents se trouvent. La salle de jeu n’était qu’un espace alloué à l’accumulation de jouets qui ne servaient pas pour la plupart, et elle nous permettait de repousser le moment des choix à faire. Après l’arrivée de ma fille, les jouets de mes fils se sont retrouvés dans leur chambre. Un espace plus restreint amène automatiquement une prise de conscience quant à leur sort.
- Le coffre de jouets dans le salon. Erreur. L’activité quotidienne, c’était de sortir tous les jeux du coffre et de les laisser parterre. Le bordel continuel, sans compter que le salon perdait sa vocation. J’aime que cette pièce centrale soit un lieu calme et accueillant et rassembleur pour parler, jouer tranquillement et simplement pour recharger ses batteries. Aujourd’hui, quand les enfants veulent jouer dans le salon, ce qui arrive souvent, ils y apportent leur jeu temporairement avant de le ranger dans leur chambre. Le coffre de jouets n’existe plus.
- Garder des jouets au cas où. Erreur potentielle. C’est vrai qu’il y a une réflexion à faire avant de se débarrasser d’un jouet qui pourrait possiblement servir dans le futur. Tous les objets – ou presque – pourraient servir dans le futur. Il faut vivre avec le risque. Il m’est arrivé de regretter temporairement d’avoir jeté un objet dans la hâte. Mais c’est arrivé bien plus souvent d’avoir accumulé des cochonneries qui pesaient lourd sur la conscience avec la réflexion opposée. Ma façon de fonctionner maintenant va comme suit : j’ai un tiroir détaché sur roulettes sous mon lit. Il sert exclusivement à accueillir temporairement des objets ou des vêtements « en attente d’une décision finale ». Je l’appelle mon tiroir de probation. Si ces objets ne sont pas réclamés dans une période de trois mois ou s’ils ne procurent plus de joie au bout de cette même période, ils vont à la poubelle. Ce tiroir détaché est salvateur et je le recommande chaudement. Souvent, effectivement, l’objet en probation a terminé sa mission dans la maison et il prend le chemin de la porte. Parfois aussi, il reprend sa place parce que pour une raison ou une autre, il a encore sa place parmi nous.
- Les jeux à batteries, lumière et bruit. Erreur. C’est de la pollution sonore et un stimulus de trop pour les cerveaux en développement des petits. Ça brime leur créativité et ça les énerve inutilement. Souvent, ce sont des jouets à pitons qui ne demandent aucune réflexion, qui amènent l’enfant à être passif.
- Penser qu’on se doit de garder des surprises/bebelles/jeux inutiles parce qu’ils nous ont été donnés avec une belle intention. Erreur. Ce sont souvent les bebelles à très courte durée de vie qui remplissent un coffre à jouets. Et après? Ça encombre la maison et l’esprit de penser que nous devrons éventuellement nous en débarrasser. Nous avons mis au clair que les bebelles, on en voulait pas. Notre requête n’est cependant pas toujours en accord avec les valeurs de l’autre personne et on ne veut pas tomber dans la morale. Si, par malchance, nous en recevons encore, l’intrus prend la direction du tiroir à probation. Si c’est pas la poubelle.
- Vouloir avoir le parc d’attraction dans la maison. Erreur. À un moment, j’aurais voulu avoir la maison la plus cool du quartier. Le Méga-Parc dans 6000 pieds carrés. Neverland dans ma cour. Erreur. erreur, erreur. D’une part, c’est physiquement et financièrement impossible. D’autre part, j’ai réalisé que je voulais une maison douillette, coquette, accueillante et chaleureuse pour rassembler les personnes les plus chères à mon coeur. Le calme et le charme de maison passe par la douceur, et non par les stimuli incessants d’un parc d’attraction. Mieux vaut payer à l’occasion des visites au Mégaparc que d’essayer de l’avoir dans la maison.
J’ai un fils qui gardera toujours précieusement ses guns. J’ai un fils qui collectionnera encore longtemps les cartes de hockey. À se dépouiller de l’inutile, on pourrait croire qu’on se perd, mais c’est l’inverse qui se produit. On se retrouve un peu plus. Quand on laisse aller ces choses qui nous tiennent moyennement ou pas à coeur, c’est notre « moi profond » qu’on rencontre. Et c’est beau.