Tout de go, je dirais qu’on détonne. On est comme un vélo perdu dans une parade de BMW. Clairement, on épate personne, mais on attire quelques regards suspects et/ou interrogateurs.
Nous vivons simplement, tout en prenant soin de réévaluer régulièrement notre essentiel à nous. On essaie au mieux de nous détacher des valeurs consuméristes prônées par la société et de rester loin de la culture de surabondance. On nage à contre-courant, le visage au grand vent, et on se retrouve souvent dans des situations qui nous chamboulent, qui remettent en question nos choix de vie marginaux. Il serait bien souvent plus facile de prendre la petite pilule bleue (en référence à la Matrix), de sortir le chéquier et d’embarquer dans le bateau, de passer inaperçu et d’éviter les réflexions énergivores. Mais on résiste. Pour notre bien-être mental, pour la santé de nos finances et celui de la planète et pour inspirer nos enfants à suivre leurs propres valeurs dans la vie.
On est des moutons noirs. Des weirdos. En dépensant selon nos besoins et non selon nos moyens, étrangement on donne l’impression d’être en situation de précarité. Pourtant, je m’appauvrirais à acheter des choses pour montrer que je suis « riche ». Quel paradoxe. On va se le dire : on flash pas pentoute. On est des bohèmes-frugaux-végé-à vélo dans un quartier de démesure où un garage triple n’est plus une exception.
J’avais le goût de vous présenter ici quelques faits sur notre vie simple et frugale. Si quelqu’un se retrouve dans cette description, qu’il se manifeste. Je suis certaine que nous sommes quelques voisins dégonflables.
- On a un petit bungalow – 24X 32 pieds – suffisant pour nos besoins actuels.
- Nous avons UNE van familiale 2013 achetée d’occasion et payée comptant.
- Nos jambes marchent souvent ; nos vélos roulent autant. Que ce soit pour aller au travail, à l’école, participer aux sports parascolaires, aller voir des amis, aller au baseball… Le vélo et la marche demeurent nos moyens de transport numéro 1.
- Nous avons une dette : la maison. Et c’est bientôt chose du passé.
- On a vendu notre climatiseur. L’espace qu’il occupait dans la maison pendant 11 mois versus la semaine où il nous rendait service n’était pas rentable. Depuis, par temps de canicule, on saute dans notre piscine pas chauffée ou on visite la bibliothèque de quartier.
- Je l’ai dit : outre l’énergie solaire naturelle et économique, notre piscine n’est pas chauffée. Ce qui était autrefois l’exception est devenu la norme. Résultat : personne ne vient se baigner chez nous.
- J’ai une salle-de-bain d’inspiration 1980 au sous-sol. Elle est très fonctionnelle.
- Ce qu’on peut faire par nous-même, on le fait et on évite des dépenses qui peuvent vite s’accumuler. On a pas de contrat de déneigement/de taille de haies de cèdre, pas de contrat d’entretien paysager/de pelouse/de piscine. (Cette section concerne surtout mon mari)
- On a pas de femme de ménage, pas de livraison de repas à domicile, on a pas besoin de service de garde à l’école ni de garderie, pas de dépense pour les journées pédagogiques/journées de grève/congés tempête, pas de service traiteur. (Cette section est attribuable au fait que je suis à la maison)
- On a pas de coiffeuse ; j’ai investi dans une bonne paire de ciseaux il y a 12 ans et je coupe les cheveux de tout le monde avec bonheur. Y compris les miens.
- On fait la queue-leu-leu à 5 heures du matin lors des journées de distribution d’arbres gratuits.
- Ma routine beauté se résume à trois gouttes d’huile de jojoba deux fois par jour.
- Il m’arrive de coudre des bas trouées.
- Le gruau, la ratatouille et les dhals de lentilles rouges sont des musts chez nous. Pour moi en tout cas.
- J’ai un vieux téléphone à poche qui m’a été donné il y a quelques années. Mon forfait mensuel s’élève à 8$. Il inclut 100 min. d’appels sortants et 250 Go. L’abondance.
- On jongle entre l’abonnement Netflix, Disney, Prime. Mais on ne les additionne pas. On a pas d’abonnement à des magazines ou des applications.
- On achète pas de livres. On visite assidûment les bibliothèques.
- On profite des installations sportives de la ville (patinoire, piscines, parcs, pistes de vélo).
- On participe aux activités gratuites des espaces communautaires.
- Une tante, en voyant un jouet appartenant à un de mes fils qui avait alors 6 ans, lui a demandé s’il avait trouvé ça chez Toys’R’Us. Il a répondu « c’est quoi ça? ».
- Pendant un tournoi sportif à l’extérieur, on est les énergumènes qui réservent un terrain de camping quand les autres familles vont à l’hôtel. On valorise le sport (il fait parti de nos essentiels) mais pas l’hôtel/le restaurant/les sorties qui viennent avec l’inscription dans un ligue.
- On a pas de paiement mensuel pour un gym.
- On participe au « Crédit hivernal » d’Hydro-Québec et quand on est dans un événement de pointe, on coupe les breakers. Aussi simple que ça. C’est très payant.
- Notre budget restaurant se limite à quelques pizzas Costco à 13$, quelques toasts du Tim Hortons, des cafés à l’occasion.
- On part en voyage si nos points voyage nous permettent d’avoir le logement gratuit. Nous avons pris l’avion une fois : les points Aéroplan avaient tout payé jusqu’à la dernière cenne. Bien évidemment, nous sommes des chasseurs de points de cartes de crédit.
- Notre chasse se limite aux cartes; je cuisine végétalien la plupart du temps. C’est coloré, économique et écologique.
- Mon mari est un adepte des T-Shirts donnés dans les boîtes de céréales. De mon côté, je déambule régulièrement dans les bazars/friperies/sous-sol d’église pour trouver des vêtements de qualité à tout petit prix. À part les bobettes, je suis entièrement vêtue de seconde main, et pourtant je porte du cachemire.
- La bague de mariage de mon mari a coûté 11,50$, taxes incluses. Heureusement, l’amour n’est pas proportionnelle au prix de la bague.
- Notre table de cuisine est plus vieille que nous. Nos armoires de cuisine n’ont pas été refaits depuis notre emménagement et on ne compte pas les refaire. (Quoique l’idée de refaire ma cuisine dans les standards actuels pour dire aux gens que « j’ai une cuisine neuve dans les standards actuels » m’a quasiment effleuré l’esprit.)
On a rien de matériel qui puisse impressionner les gens. Nous sommes l’antithèse du voisin gonflable.