Le syndrôme de la fête gonflable

« On a réservé une limousine! »

La maman du fêté m’avait soufflé ces quelques mots dans l’excitation. Et moi, le cadeau encore pendouillant d’une main, le bagage de fiston traînant de l’autre, complètement figée, les signes vitaux en chute libre. L’arrêt cardiorespiratoire était proche. Elle était là, devant moi et rayonnante – comment elle fait un samedi à 14h dans le tumulte de l’anniversaire en cours pour être fraîche? – , penchée vers moi, minimisant le pied qui nous sépare en hauteur. Elle a des dents Chiklets, parfaitement alignées, une peau de pêche, pas une ride depuis les sept ans que je la croise dans les couloirs de l’école. Devant mon stoïcisme – on s’entend; les deux bras m’ont tombés – , elle a réitéré, dans un murmure pour éviter de révéler le secret aux garçons qui couraient autour comme des poules pas de tête :

« Après le Défi Laser… Une limousine va ramener les gars à la maison, c’est une surprise! »

Elle sautillait d’impatience, les yeux brillants d’excitation. La seule pensée qui m’a traversé l’esprit à cette seconde près, c’était ces deux mots « Next level ». Mon père a eu un tour de limousine à 54 ans après 35 ans de service chez Postes Canada. On vient encore de rehausser les standards. Les attentes et les déceptions des enfants inversement proportionnelles.

Son fils avait 11 ans cette journée-là. Je ne veux pas minimiser l’ampleur de l’événement qu’on soulignait mais… C’est toujours bien juste une fête d’enfant! Il soulignait son anniversaire avec les copains au Défi Laser – ce qui, selon moi, serait parfaitement suffisant et même vraiment sur la coche comme fête d’amis – , partait ensuite en limousine jusqu’au domicile familial avec un arrêt à mi-chemin – slush pour tout le monde au dépanneur! – , avait un souper pizza, dessert, dodo, matinée crêpes. Un presque 24 heures d’animation.

Le lendemain, quand nous sommes allés chercher notre fils à vélo – dur retour à la réalité après la limousine – , il nous a dit tout de go « c’était la fête la plus cool ».

Je comprends son point de vue.

Le bogue, c’est que selon moi, c’est démesurément trop. Il fut un temps, c’était un deux-trois heures à la résidence familiale, puis, on a opté pour la sortie organisée évitant aux parents la sale job de nettoyage après, mais ensuite, on a upgradé pour un mix des deux, le souper en plus! Et un dodo pas de déjeuner, ça a l’air fou! On offre donc la grosse patante… Bar à chocolat chaud et crêpes avec choix de 12 confitures faites à la main certifiées panier bleu.

La limousine? Vraiment?

C’est pas juste ça. C’est le budget cadeaux qui explose.

Mon coeur saigne quand les cartons d’invitation commencent à arriver début septembre. J’ai deux gars qui ont plein d’amis sporadiques – ils deviennent amis le jour où ils m’apportent l’invitation « c’est tellement un bon ami! ».

« Mais je n’en ai jamais entendu parlé! Nomme-moi une fois où tu as joué avec lui la fin de semaine? »

« Mais c’est qu’on joue ensemble à la récréation… Tu sais… Au soccer avec les 26 autres gars qui jouent en même temps… »

25$.

Par.

Cadeau.

Si on compte dix fêtes par année, ce qui est une année somme toute raisonnable, c’est 250$. Si on compte après les cadeaux à nos propres enfants, les cadeaux aux filleuls, aux profs, à la famille, à l’amie qui a eu un bébé, à l’hôtesse… C’est démentiel. Rendu là, les cadeaux ou l’hypothèque…

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