Les cases blanches

« Tu as une case blanche aujourd’hui, maman? », a dit mon fils aîné, une pointe d’ironie dans la voix, un sourire en coin. Il venait de se lever, avait les cheveux tout ébouriffés et avait jeté un oeil encore endormi au calendrier familial en préparant son petit-déjeuner.

Le coup d’oeil anxieux matinal au calendrier : aussi normal et naturel que de mettre un premier pied à terre au sortir du lit. Qu’est-ce qu’il y a à faire aujourd’hui? J’adore les cases blanches. Entre les journées qui débordent, les activités sportives, les tournois, les cours de musique, le taxi à faire, les rendez-vous, les commissions… Les cases blanches se présentent comme des cadeaux du ciel. Dans les cases noircies, je porte plusieurs chapeaux ; dans les cases blanches, je suis moi-même, tout simplement. Et ça me suffit.

Évidemment, elles ne restent pas blanches longtemps. Elles représentent la promesse de me retrouver, de réparer un bas de Noël, de poursuivre un projet abandonné, de laisser libre cours aux élans créateurs, d’ouvrir le livre de la bibliothèque renouvelé quatre fois mais pas encore lu faute de temps.

Douceur en famille.

Dans les cases blanches, je cuisine des crêpes que nous mangerons dans le salon dans un semblant de pique-nique, je découpe des serviettes de table dans de vieilles nappes dans l’idée de broder un prénom lors d’une prochaine case blanche, je sors l’aquarelle pour créer des étiquettes de Noël même si le résultat n’est pas garanti, je prends en photo le dessous d’un champignon parce que c’est incroyablement beau, je m’habille en mou mais porte des boucles d’oreille qui brillent trop pour une simple journée à la maison.

J’envoie les enfants jouer dehors dans la neige en leur promettant un jeudi movie peinard cet après-midi. Maman, j’ai raté l’avion sûrement. Je prends le temps de les observer : ma fille mange de la neige en cachette. Mon cadet et toute son hyperactivité trouvent une idée de génie pour construire un fort en un temps record, mon aîné lance des balles de neige sur la piscine avec un bruit assourdissant (oui, je ferai un retour là-dessus plus tard… Pour l’instant, j’admire le lanceur de baseball qui ne dort jamais, même en hiver). Si je n’avais pas eu cette case blanche, je n’aurais pas vu ça.

Plus tard, ma fille fera des Lego dans sa chambre et j’irai prendre place sur sa petite chaise ikea tout juste assez large pour accueillir mes fesses et mes cuisses (effet sculptant garanti!), je serai coincée entre deux plantes vertes temporairement logées dans cet espace déjà restreint – sapin de Noël oblige. J’aurai le soleil dans le dos, la musique instrumentale de White Christmas en trame de fond mélangée avec le bruit du chauffage qui me réchauffe le coeur autant que le corps. Mon livre sera appétissant, le café aussi, et je regarderai la lumière dorée du jour dessiner les murs. Ma fille fera ses choses, je ferai les miennes, mais nous serons ensemble. Dans le bruit du silence, parfois on se dira deux-trois choses avant de replonger dans nos occupations. La douceur des cases blanches.

C’est Noël bientôt. Et c’est ce que je vous souhaite. Quelques cases blanches pour vous déposer, nous ressourcer et pour faire le plein de douceur en famille.

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