Novembre – Douceur

1er novembre au matin. Mon aîné me raconte à son levée, les yeux encore collés, qu’il a entendu des bruits de sacs de chips dans la nuit. Je pense que c’est le fruit de son imagination stimulée par un trop-plein de sucre le soir précédent, mais je me trompe. Son frère confirme : à 4h du matin, lors d’un micro réveil, il a tendu la main vers un sac de chips déjà entamé, resté sur la commode. Après avoir grignoté quelques miettes, il s’est rendormi.

Novembre arrive dans le désordre, dans l’abolition temporaire des interdits, dans les excès et avec des odeurs de friandises pas naturelles. C’est un mois qui commence de façon savoureuse pour les enfants : jamais je n’entends mes fils pondre des raisons aussi impertinentes que bidonantes pour justifier la quantité phénoménale de détritus qui traînent dans tous les racoins de la maison. J’ai décidé avec les années de laisser tomber cette gestion « bonbonnale ». D’une part, ça permet de rompre avec la monotonie du quotidien et de marquer les souvenirs de jeunesse, d’autre part, plus vite ils mangeront leurs bonbons, plus vite on reviendra aux bonnes habitudes. 

Outre le fait de crouler sous les sucreries, doux novembre s’invite avec la noirceur, la pluie, la première neige, le froid mordant, la grisaille. Le noir s’attarde au matin et c’est dans le brouillard que la faible lumière du jour se faufile aux environs de 7h. Novembre arrive quand tombent les dernières feuilles. Un mois qui arrive la mine basse devant le peu d’intérêt qu’on lui accorde.

La flamboyance d’octobre est derrière nous et pourtant, devant la nudité des décors, je ne peux m’empêcher de m’attarder avec joie dans mon cocon rempli de douceur, là où les carapaces du quotidien se dissolvent et où je peux être simplement moi. Une pause qui arrive à point, après le renouveau du printemps, le pétillement de l’été et la trépidante rentrée scolaire. Novembre est bienvenue chez moi et tout mon être semble être de concert avec lui : mélancolie, syndrôme de la page blanche, fatigue des engagements trop nombreux pris en septembre, envie de visionner des films légers sous une grosse couverture de laine réconfortante. 

La pause sera de courte durée, parce que je troque rapidement les citrouilles illuminées pour des ampoules aux couleurs rouge et vert. Je m’autorise à préparer mon événement préféré de l’année : Noël. Le premier samedi du mois, ma mère s’est offerte pour amener ma fille à son cours de patin afin de me laisser déambuler librement dans les allées étroites d’un marché aux puces aux allures de forêt enchantée. J’y ai déniché un petit sapin illuminé par des fils LED pour égayer ma baie vitrée et un autre pour décorer minimalement la chambre de mon aîné qui m’en avait fait la demande. J’y ai aussi trouvé une bousculade entre deux messieurs déterminés à mettre la main sur la même boîte de boules de Noël. L’esprit des Fêtes ne s’était pas rendu à eux, visiblement. J’en suis revenue avec mes emplettes et une anecdote savoureuse. 

Ce même après-midi, ni mon cadet ni mon aîné n’avait de sport organisé. Ces occasions sont rares. Pour l’instant. Et si je savoure pleinement ces journées tranquilles quand elles arrivent dans ce moment de ma vie, je sais fort bien qu’un jour, seule sur ma vieille chaise berçante, je me rappellerai avec nostalgie la vie d’aréna frette et humide, et la voix criarde du coach de basket très motivé. Pour l’heure, je sors un projet de broderie avec des fils rouges, verts et or et je laisse les minutes, les heures s’écouler avec la musique rétro des cantiques de Noël. 

On me jugera tant qu’on voudra, novembre est le moment où je ne suis plus gênée de préparer Noël au vu et au su de tous. (Une confidence entre vous et moi, à la mi-octobre, j’écoute déjà de la musique de Noël, et au mois d’août, mon calendrier de l’Avent pour les enfants était prêt.) Halloween n’est qu’un passage obligé vers le temps des fêtes ; il n’y a pas d’entre-deux. 

Un coup d’oeil au sol recouvert d’une fine couche de neige me rappelle l’urgence de faire un tour en forêt avec ma fille pour trouver des cocottes qui deviendront guirlande. J’aimerais dire que je me dissous dans la tranquillité de novembre encore quelques jours, mais il y a trop à faire : je suis temporairement en ébullition créative. La liste est longue: 

les cadeaux à trouver

les décorations à créer

les cartes de souhait DIY

les emballages

les repas à préparer à l’avance

le calendrier de l’Avent

le rallye photo que j’aime réaliser

J’enfile mon tablier, met une playlist vibrante et tranche de délicieuses oranges pour les enfourner quelques heures à très basse température. Je retrouve mes deux lanternes taillées dans du bois et fait fondre tranquillement la cire de soya sur le feu. Elles nous accompagneront pour les deux prochains mois. Puis, je dépose quelques bâtons de cannelle, une poignée de clou de girofle et des étoiles anisées dans un vieux pot. Leur odeur agrémentera la salle-de-bain.

Retour à soi. Retour chez soi. Doux novembre.

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