Faire l’épicerie lorsque nécessaire

Une résolution que j’ai adoptée en janvier est celle de me départir de l’habitude bien ancrée de faire l’épicerie à jour et à heure fixes. Ploguer la tâche à l’horaire sans me questionner sur sa véritable nécessité m’a certes libérée d’une certaine charge mentale jusqu’à tout récemment, mais il m’est évident maintenant que les avantages de faire l’épicerie juste quand j’en ai vraiment besoin ont surpassé ceux de le faire jeudi matin par automatisme.


Mon cycle d’épicerie commence donc le jour où, les provisions étant définitivement à sec, je vais à l’épicerie avec une liste d’ingrédients qui permet à ma famille de tenir sept jours. Les premiers repas du cycle sont cuisinés avec les ingrédients qui périssent plus vite. Puis, dès que je vois quelques restants s’accumuler dans le frigo, j’évite de cuisiner un nouveau plat et privilégie les restants que j’essaie de jazzer comme je peux ou de mixer avec différents accompagnements. En étant moins rigide dans l’élaboration d’un menu fixe selon les jours de la semaine, j’insère des repas “vide-frigo” dès que nécessaire et repoussent à plus tard les autres recettes. Ça me demande plus d’ingéniosité pour rendre attrayant un repas servi la veille, mais parfois une petite modification permet d’y arriver avec brio. Les recettes dont les ingrédients restent frais plus longtemps sont cuisinées plus tard ; je pense aux choux, patates douces, poireaux par exemple, qui peuvent être servis à la toute fin d’un cycle. 

Je réalise plus que jamais l’importance de terminer les restes avant de cuisiner une nouvelle recette, pour l’environnement et pour le portefeuille. Aussi, après trois mois à déconstruire cette idée préconçue, je réalise que nous ne sommes pas moins en santé si un même repas se retrouve deux ou trois fois au menu. Naturellement, quand je vois quelques restants au frigo, je ne cuisine pas. 

Mon analyse est la suivante : si je m’oblige à faire l’épicerie le jeudi matin par principe, la réalité est qu’il me reste peut-être suffisamment de nourriture pour tenir encore quelques jours avec un peu de créativité. Si j’ajoute fraîcheur et nouveauté au frigo, les quelques tristes légumes qui n’ont pas encore trouvé preneur ont plus de chance de finir au compost que dans les assiettes parce que naturellement, nous sommes plus attirés vers le casseau de fraises rouges appétissant que vers le vieux cèleri oublié. Je constate en effet qu’en terminant tout ce que j’ai avant de retourner à l’épicerie me force à faire des pieds et des mains pour transformer joyeusement des aliments tristounets, un peu flétris en un souper appétissant et nourrissant.

Ainsi, un reste de salade de pâtes qui était dans un lunch un midi peut se retrouver à accompagner un plateau d’hummus le soir, ou une soupe aux légumes. Un dhal servi un mercredi soir avec frites de patates douces et pita peut revenir au menu le lendemain avec des croustilles de maïs et accompagné de légumes frais. Du riz en surplus qui accompagnait un tofu général tao prend le premier rôle le lendemain dans un riz frit aux oeufs. Un fond de sauce à spaghetti est transformé en sauce à pizza le lendemain. Les options sont infinies. 

J’ai aussi pris l’habitude de mettre les ingrédients secs à terminer en priorité dans une armoire de ma cuisine facilement accessible. Dans l’armoire présentement : des lentilles rouges, des pois verts, de la PVT, du gluten de blé, une canne de sauce à pizza et une canne de lait eagle brand. Bien sûr, dit comme ça, ce n’est pas ragoûtant. Mais je m’engage à transformer ces denrées qui poireautent depuis un certain temps dans le garde-manger et d’en faire le principal ingrédient des recettes à venir. Ainsi, dans les prochains jours, nous aurons sur la table un dhal de lentilles rouges, une soupe aux pois, des muffins anglais style pizza, un chili de PVT et un sous-marin au seitan, des sucres à la crème avec la canne de lait condensé sucré.

Ce que je remarque depuis, c’est une réduction des aliments jetés, moins de temps dans la cuisine parce que j’utilise et transforme les restants plus souvent, et plus d’argent dans mes poches. Je constate que je fais davantage appel à toute ma créativité pour sauver les restes et découvre de nouvelles façons de cuisiner simplement sur Internet. Dix jours (parfois plus!) s’écoulent avant l’arrivée d’un nouveau cycle, ce qui est non négligeable au bout d’une année. Ce n’est pas qu’on mange moins, mais qu’on jette moins en transformant plus. Je le vois d’autant plus comme un défi plaisant à réaliser : celui de nourrir ma famille en maximisant les denrées que j’ai à portée de main, réinventer les restes, et qu’ils n’y voient que du feu.

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