Les lundredis

C’est arrivé sournoisement. Un jour, alors jeunes et fringants, moi et mon mari avions ce qu’on appelle des “fins de semaine” avec le sous-entendu qu’on allait faire une pause de la semaine. Les garçons étaient petits, avec un peu de gras de bébé, et la cour extérieure était le happening de leur jeune vie. On faisait des pique-nique en famille dans la cour, profitions de la piscine, invitions des amis à souper, marchions dans le bois avec nos rejetons et faisions des tours de Lego qui montaient jusqu’au plafond. On rechargeait les batteries pour la semaine suivante. 

J’avais aussi un amoureux. Il y avait un “nous”.  Des émissions en amoureux les soirs de semaine quand les enfants étaient couchés à 19h, Des Pizza 4 Normandin à l’occasion sur le plancher du salon (quand les prix avaient de l’allure). C’était l’fun. Peinard. 

Je me rappelle du moment où j’ai voulu que les gars essaient quelque chose de différent. Ils avaient 5 ans et ils ne m’avaient rien demandé. C’était sorti de ma tête : du soccer. Je me rappelle de l’aîné qui passait les cours les bras croisés sur le terrain parce que ça ne lui tentait pas. J’aurais dû y voir un signe de juste laisser tomber. Mais non, je leur ai fait essayer le karaté. Puis le tennis. Tous des flops. 

Aujourd’hui, quelques plusieurs cheveux blancs plus tard, mon amoureux est devenu un genre de collègue de bureau que je croise rapido près de la machine à café aux alentours de 6h30 le matin. Brin de jasette sur le pouce à propos des enfants avant que lui déguerpisse de la maison pour vaquer à ses occupations. Au souper : brin de jasette à propos des enfants autour d’un repas sur le pouce entre 17h30 et 18h, avant la gestion des sports. Les soirs, la fin de semaine, on prend les titres suivants : majordome, secrétaire, taxi privé, entraîneur, animateurs, animateurs de camp de jour, femme de chambre, propriétaire d’un auberge de jeunesse, propriétaire d’un resto de crêpes à volonté. 

On se lève le vendredi et on réalise qu’on est anxieux de la fin de semaine à venir. On attend le lundi impatiemment. On a hâte au retour de la semaine, au 9 à 5, pour recharger nos batteries. Les soirs et la fin de semaine sont comme une tornade qui nous gruge de l’intérieur. 

Pratique de hockey, clinique de hockey, game de hockey, tournoi de hockey ; pratiques, game et tournoi de badminton ; pratiques, game et tournoi de basket ball équipe no.1 ; pratiques, game et tournoi de basket ball équipe no.2 ; pratiques, game et tournoi de futsal (futsal est un nouveau sport parce qu’il n’y en avait pas assez). Cours de patins, cours de guitare, camp préparatoire de baseball, cours de lanceur, camp de perfectionnement de baseball/hockey, pratiques supplémentaires, pratiques optionnelles, tournoi à l’extérieur. Game parent-enfant. Soupers d’équipe. What else?

Le bogue, c’est que les semaines ne sont pas plus reposantes qu’avant, mais elles le sont tout de même plus que les week end. 

C’est facile de mettre le pied dans l’engrenage, mais difficile de s’en sortir. Je dis ça, je dis rien. J’ai un jour pensé que c’était ça la vie. Ces moments où je consultais avidement le guide des loisirs de la ville en crayonnant toutes les sections qui pourraient s’adresser à mes fils. Avec ma fille, qui est arrivé sept ans plus tard, je critique ouvertement ce mode de vie et j’en garde mes distances.

J’ai le temps de me plaindre parce que juin est enfin arrivé et que mis à part le baseball, toutes les activités sont sur pause pour deux mois. Oufff. Je redoute l’arrivée du mois d’août où les inscriptions recommenceront et que je voudrai le meilleur pour mes gars. “Quand ils pratiquent leurs sports, ils ne font pas de conneries”, que je me dis. J’espère juste trouver un équilibre cette année. Et peut-être trouver le temps d’insérer un Pizza 4 quelque part. 

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