Les bogues de ma maison, je les connais. C’est juste qu’avec les années, je ne les vois plus. D’autant que pour chaque problème présent, j’ai mille raisons d’être reconnaissante envers la vie. Mais cette semaine, mon cerveau détectait tous les tracas ménagers sous un regard neuf. Pour me narguer peut-être. Me rappeler qu’il y a tout de même un prix à la liberté que nous procure la vie simple. J’ai tenté de tout noter pour me vider la tête.
Les problèmes au radar :
Les deux chaises berçantes à l’origine beiges sont maintenant brunes.
Une vieille couverture sur le divan du salon cache une déchirure de 40 cm dans le tissu.
Dans la salle-de-bain-années-80, le métal de la douche à la base est grugé. Ma grand-mère avait le même modèle de douche.
La salle-de-bain-années-80 est un problème en soi. Visuellement irritante.
Le pommeau de douche a plusieurs réglages. C’est juste qu’on ne voit plus la différence entre chacun.
La cuisine n’est pas au goût du jour. (Le goût du jour coûte trop cher.)
Le micro-ondes n’a plus de base tournante en vitre. Du coup, faire cuire du pop corn dans un sac est impossible depuis des années. Autrement, il fonctionne nickel.
Ampoule absente dans le four. Depuis toujours. (Qui a une lumière qui fonctionne dans le four?)
Un radio qui chante quand ça lui chante.
De la mélamine bombée qui croûte dans la salle-de-bain principale.
Mon foyer au sous-sol n’est qu’un rêve.
Un trou dans un mur de chambre caché avec un bricolage d’école. Quelques trous ailleurs qui ne valent pas la peine d’être cachés.
Le bureau de mon mari est dans le fond de l’établi, les tuyaux d’échangeur d’air à bâbord, la litière du chat à tribord, le réservoir de balayeuse centrale au zénith. Zéro zénitude.
Mon vieil ordinateur ne collabore pas pendant les meeting Zoom. Je termine tous les rendez-vous au téléphone. Vous savez… Une ligne téléphonique traditionnelle… Même les CLSC ne prennent plus en note les numéros. Complètement désuet, semblerait-il.
Une porte miroir cassée dans un coin supérieur.
Une autre porte miroir qui tient juste par le haut.
D’autres portes miroir qui fonctionnent bien (effet de grandeur garantie dans les petits espaces).
Des poignées de manivelle pour les fenêtres avec trouble d’opposition.
Un tiroir de commode défoncé.
Une commode qui n’a plus de poignée. Du coup, ça développe la débrouillardise pour accéder au contenu.
Trois housses de couette déchirées dans le bas, de sorte que les couettes se montrent toujours la binette.
Un elliptique qui ne fonctionne plus qu’à un seul degré d’intensité.
Une spatule dont le silicone est disparu à 30%. Toujours fonctionnel à 70%.
Un ouvre-bouteille disparu. Mon mari a appris à ouvrir des bouteilles de vin avec sa boîte à outils.
Un pied mélangeur brisé et jamais remplacé.
Quelques ressorts manquent à l’appel dans le futon au sous-sol.
On a :
Un toit sur notre tête.
Beaucoup de bananes, de patates et de gruau.
Des oiseaux qui chantent tous les jours, été comme hiver.
Les bateaux et les trains en fond sonore.
L’odeur des pivoines ou du lilas ou de l’été qui nous chatouille les narines.
UNO. On a pas perdu une seule carte.
Un hamac sous les arbres qui dansent au vent.
Un bout de ciel étoilé dans notre cour.
Des plants de cerises de terre et de framboisiers qui nous donne plein de fruits.
Tout ce qu’il faut pour faire des s’mores.
Le temps de profiter de tout ça.