Juillet : les jours ordinaires

Rien de vraiment spectaculaire. Ça a commencé par un sourire de ma fille dans un rayon de soleil matinal. Un lundi de juillet ordinaire, sans rien au programme. Café, bol d’avoine, puis une matinée de désherbage au gros soleil tapant : couper les hémérocalles qui ne fleurissent plus, déplacer un plant de fenouil, arroser des plants de cerise de terre qui manquent d’amour. La sueur me coule dans le dos à rien faire, me semble-t-il. Baignade demandée. Re-demandée. “Oui, oui, on y va maintenant.” Nous nous baignons dans la piscine qui baigne dans le soleil. Elle gagnera quelques degrés aujourd’hui. 

Puis, ménage du cabanon. Mettre la main sur le jeu de badminton oublié et lui redonner vie quelques instants. Dîner dans la cabane-en-construction de ma fille, encore dénuée de toiture, recroquevillées sur le mur au sud pour esquiver la lumière directe. Parler, rire, regarder le cardinal rouge, les mésanges, les corneilles. Se sauver des guêpes. 

Ménage du cabanon, encore. Trier. Se départir des poussettes, du minuscule tricycle, des vestiges du passé et autres babioles inutilisées depuis longtemps. Laisser place au présent. Retrouver le vieux vélo donné par des voisins. Il était trop grand l’an passé, mais cette année, ce sera parfait. Il est rouillé, un peu sale, demande un peu de peinture, quelques rafistolages et un banc neuf, mais essentiellement, il fera l’affaire pour deux étés. 

Faire un peu de ménage dans la maison. Puis, sortir l’ordinateur et aider ma fille à créer un livre-photo de sa dernière année. Un souhait qu’elle me partageait depuis un bon bout de temps. Choisir, trier, classer. Écrire aussi. Trouver les quelques mots qui représenteront huit mois de vie.

Baignade demandée. Re-demandée. On laisse le projet de côté pour se rafraîchir les idées. Invention du jeu brasse-broue, faire des “coucou” dans le fond de l’eau avec des lunettes qui prennent l’eau. Trouver un bout de soleil et flotter dans un reste de lumière d’après-midi.

Éplucher une pomme. S’asseoir à l’ombre pour goûter la Spartan dans le silence des mots. 

“Qu’est-ce qu’on mange pour souper?” La question qui tue. Sortir cinq paquets de nouilles instantanées. Disons-le : des ramens, et jazzer ça. Tofu fumé, maïs, edamames, échalotes, nouilles frites, oeufs cuits durs, coriandre. Quelques tranches de pain naan pour compléter. Moment de famille protégé.

Sortir Monopoly et jouer dans la tente-roulotte où il fait trop chaud. Toutes les toiles sont ouvertes, mais l’air est au beau fixe. Limonade maison pour compenser. Prendre en photo la partie de Monopoly, on jouera demain. Retourner dans la piscine.

Pyjama, dents propres, lecture du soir hétéroclite : tatous, timidité, fourmis, politesse. Les yeux se ferment sur cette journée sans éclat. On ne risque pas de s’extasier devant ce lundi. Rien d’éblouissant. Aucune surprise, mais une des plus belles journées de l’été. L’allégresse de l’ordinaire. Peut-être le chant profond du bonheur. 

Laisser un commentaire