Créer une garde-robe capsule

J’ai longtemps été à une bébelle du bonheur. Une sacoche Guess qui brille (une autre!), un chandail couleur corail (une teinte inexistante dans ma commode qui regroupait l’arc-en-ciel), des bottes poilues années 70 (pas tendance pentoute mais tape-à-l’oeil). Cette prochaine bébelle manquait à ma garde-robe, manquait à mon intégralité. Comme si chaque morceau acheté représentait une pièce du casse-tête de ma personne. Clairement, je faisais pas un 100 morceaux. On était dans le 3000… Ma garde-robe disparate a déjà débordé. L’espace que j’avais, je le remplissais à raz bord. De la même façon qu’on remplit nos vies trop souvent. De la nouveauté! De l’extravagance! De la différence!

J’ai eu toutes ces bébelles parce que je me valorisais beaucoup dans le fait de pouvoir les posséder, mais c’était toujours une joie temporaire. J’ai flambé mes payes au complet dans une garde-robe volatile à la recherche de moi-même, mais je ne me suis pas trouvée. La personnalité ne s’achète pas. Ce qu’il y a avec cette façon actuelle de voir les choses, qui est très matérialiste et capitaliste, c’est que ça coûte cher, que ça n’amène pas le bonheur, et que ça occupe l’esprit (et l’espace) inutilement. Au final, ça me détournait de qui j’étais profondément.

Ma mère m’a mise sur le droit chemin sans le savoir un jour. Elle m’a payée une heure avec une styliste où je devais lui présenter trois tenues que je portais souvent, en tant que nouvelle fonctionnaire. J’enfilais mes tenues de « tous les jours », je tournais sur moi-même sous les yeux avisés de la styliste, et je devais accepter ses critiques sans broncher. La honte. Drôle de cadeau, vous direz. Mais ç’a été un choc, ç’a été un son de cloche. Clairement, je manquais de classe. J’achetais plein de morceaux de piètre qualité. « Vaut mieux miser sur quelques pièces de qualité que de miser sur la quantité ». Sans entrer dans les détails, je ne m’habillais pas pour me mettre en valeur moi, mais plutôt pour mettre en valeur l’étendue de mes vêtements « à la mode ». Elle m’a suggérée de me refaire une garde-robe. J’ai adoré retourner dans les magasins! J’étais dans mon élément! J’ai dépensé mes payes, mais de façon plus judicieuse : je visais des matières durables, une palette de couleurs froides harmonieuses, des coupes pour mettre en valeur ma shape de X (qui est devenu un triste I quelques années plus tard) et des chaussures nude passe-partout.

Puis, un jour, quelque chose d’extraordinaire m’est tombé dessus. Une grossesse surprise de jumeaux. Ma vie allait changer dramatiquement, mais je ne le savais pas encore. J’ai commencé par flamber mes payes pour mes fils au lieu de moi-même. Je n’étais plus le nombril du monde et c’était une libération. J’avais le centre de l’univers en expansion dans le creux du ventre et c’était rafraîchissant.

Quand ils ont eu 6 mois, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps à l’idée de les laisser dans une garderie de 9 à 5 (8 à 6 est plus réaliste) pendant 4 ans 1/2. Je le feelais pas. Un choix s’est imposé : retourner au boulot comme une machine tous les jours pour recevoir la paye qui va avec (paye qui servirait à payer quelqu’un pour me remplacer auprès de mes enfants, et acheter quelques vêtements pour noyer ma peine), ou rester à la maison auprès de mes fils et les élever moi-même en mode pro-bono (pas de paye, pas de gardienne payée par ma paye et pas de vêtements réconfortants). J’ai choisi l’option 2. Honte à moi! J’ai arrêté de faire rouler l’économie du Québec pour mettre mes enfants au premier plan! Cachez-moi quelqu’un!

Pour plein de raisons, j’ai revu l’importance des biens matériels :

  • Vivre avec un seul salaire nous a amenés à faire des choix plus censés.
  • Avoir des enfants a fait disparaître mon « p’tit nombril du monde ».
  • Abriter notre grande famille dans une petite maison nous a amenés à revoir l’utilité d’objets douteux qui prennent de la place. Trop de place.
  • Avoir une petite chambre des maîtres a entraîné un grand ménage vestimentaire. Les commodes ne rentraient pas de façon optimale, donc on les a vendues. Nos tables de nuit servent de rangement à bobettes, le reste est dans la garde-robe.
  • être maman à la maison m’amenait à fréquenter d’autres mamans à la maison, souvent habillées en mou, avec un peu de vomi sur le chandail. Les vêtements avaient une tout autre vocation. Ça remettait les choses en perspective.
  • être à la maison m’amenait à utiliser mes heures de pause (siestes!) autrement qu’en flambant mes payes dans les boutiques. Prise entre les quatre murs de mon logis, j’ai commencé à lire, à suivre des formations, à cuisiner, à coudre. Bref, je me réalisais dans autre chose que le magasinage.
  • être à la maison consacrait mon mari au rôle de « pourvoyeur de la famille ». Le voir travailler (et moi dépenser) me faisait réfléchir. Combien d’heures de travail représentait la prochaine bébelle?
  • Laisser mon mari gérer l’argent a été salvateur. J’ai fini par comprendre qu’en se payant en premier, l’argent travaillait pour nous, et j’ai adoré. On avait de l’argent. J’avais la paix d’esprit. C’était plus grisant qu’une nouvelle paire de chaussures.
  • Participer à des activités de mamans/bébés m’a amenée à faire des rencontres extraordinaires. Des mamans sur mon passage ont changé ma vie : des granoles, des environnementalistes, des bienveillantes, des croyantes-pratiquantes, des mamans de 6-7-8 enfants qui nagent dans le bonheur. J’ai eu des discussions profondes qui ont challengé mes valeurs.
  • Mes fils ont changé ma vie. Je réalisais que le bonheur n’était pas dans les choses, mais dans les moments. C’était hyper exigeant avec des jumeaux, mais je crois avoir eu besoin de ce défi pour être secouée en profondeur. Ils m’ont déstabilisée, m’ont amenée à voir plus loin que le bout de mon nez, et je sais que sans eux, le processus n’aurait pas eu lieu.

Dans mon chemin vers le minimalisme, c’est ma garde-robe qui y a passé en premier, en grande partie grâce aux commodes qui prenaient le bord. C’était facile de me départir de plusieurs morceaux sans trop chambouler ma vie. Et puisque le gain d’espace était notable et que les sacs à donner était nombreux, je constatais les bienfaits tangibles de ce revirement à 180 degrés. Ç’a boosté ma motivation pour le reste de ma maison plus tard.

« 20% de notre garde-robe constitue 80% de ce qu’on porte. »

Cette phrase a été le déclic. J’ai voulu que ce 20% deviennent 99% de ma garde-robe. Pour y arriver, je me suis posée plein de questions :

  • À quels vêtements je reviens toujours?
  • Quelles particularités ont ces vêtements chouchous?
  • Comment j’aime m’habiller?
  • Qu’est-ce que je veux privilégier?
  • Quelles couleurs me mettent en valeur?
  • Quelle coupe, quelle tenue me met en valeur?
  • Quel espace est disponible pour mes vêtements?
  • Quels accessoires sont indispensables?
  • Quels sont les vêtements que je n’ai pas portés dans les derniers mois, et pourquoi je les garde?

J’ai divisé mes vêtements en trois piles :

  • Ce que je gardais retournait dans la garde-robe
  • Ce dont je me départais était jeté ou donné
  • Ce dont j’étais incertaine était entreposé dans un tiroir à probation sous mon lit avec une date d’expiration de 6 mois. Si je m’ennuyais de quelque chose entre-temps, je pouvais aller le chercher, sinon, adios.

Ces trois piles, je les ai fait à plusieurs reprises. Je les fais encore. J’ai effectué le même processus pour les manteaux, les sacoches, les chaussures, les sous-vêtements, les vêtements de sports, puis pour des jouets, des jeux de société, des décorations, des livres, de la vaisselle, des ustensiles de cuisine, etc.

Au final, j’ai la garde-robe qu’on voit sur la photo. J’ai l’air de ne pas avoir de style, mais c’est tout faux. J’ai un style, le mien, et il ne change pas : bottes brunes cavalières, des jeans, des gros chandails, un sac-à-dos, une coiffure signature. Un style classique, des vêtements confortables et pratiques, des couleurs neutres avec quelques morceaux rouges par-ci, par-là. Une garde-robe capsulaire interchangeable. Si je pige deux morceaux au hasard, ça va fitter. J’ai trouvé ce que j’aime vraiment. J’ai une garde-robe qui me fait rougir d’envie (tant mieux! c’est la mienne!), et tous mes morceaux me plaisent. J’ajoute à ça des manteaux de qualité pour faire face de façon adéquate à chaque saison et chaque température que le Québec nous réserve. Des chaussures selon les saisons : des bottes cavalières pour l’automne et l’hiver, des bottes de qualité pour l’hiver, des bottes imperméables pour les jours de pluie, des chaussures à talon plat qui respirent bien l’été. Une sacoche de qualité. Des vêtements pour le vélo. Des vêtements pour le yoga. Deux pyjamas. Une robe de chambre. Une paire de pantoufles. Ma robe de mariée, d’un coup qu’elle serve une deuxième fois. (Je blague! C’est elle qui constitue le 1% des vêtements que je n’utilise jamais!)

Je ne prends que peu de temps à choisir ma tenue du jour parce qu’elle est minimaliste. Quand je vais magasiner un morceau, c’est pour en remplacer un. Je n’accorde pas plus d’importance à ma garde-robe que ce qu’elle ne le mérite : le pouvoir de me couvrir adéquatement, dans le confort et en adéquation avec qui je suis.

Garde-robe capsule

Des jeans taille haute skinny, des T-shirt d’été en lin/coton qui entrent dans une boîte, des sous-vêtements qui entrent dans une boîte, des chandails d’hiver (laine et cachemire), quelques vestes en laine/cachemire

Couleurs : noirs, bleu, blancs, beige, brun

Comment se refaire une garde-robe de luxe Les années où je me suis refait une garde-robe de luxe pour trois fois rien : faire le tri de ce qu’on a et garder ce qu’on cherit et donner ce que je portais peu ou qui ne me mettait pas en valeur, ou qui était très défraîchi

1- La coupe doit être dans mes cordes (intemporel, classique, sans fioriture)

2- Je regarde le matériau (durabilité et qualité). Je veux de la laine, du lin, du coton, du cachemire.

3- Est-ce qu’il est dans les couleurs qui me vont bien?

4- S’il a un défaut, puis-je le réparer moi-même? Je vois souvent des vêtements en lin avec de minuscules trous ou des laines de mérinos qui ont le même problème.

5- Est-ce que le prix est raisonnable?

2 réflexions sur “Créer une garde-robe capsule

    1. Il faut comprendre qu’un chandail pur cachemire, trouvé dans le seconde main pour une poignée de dollars, ce n’est pas un vêtement. C’est un Picasso. C’est beau à regarder, ça égaie les journées, ça alimente les discussions passionnées, mais ça ne se portera jamais. 😂😂😂

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